Hôtel L'Antiquaille

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Histoire de l'Antiquaille
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LYON
L’ANTIQUAILLE
LA SOIE


La colline de Fourvière à Lyon tire son nom du vieux français For Viel, lui même issu du latin Forum Vetus.
Sur cette colline s’étendait la place principale (Forum Vetus) de la ville romaine Lugdunum crée en 43 avant JC, là ou se traitaient toutes les affaires importantes de la cité. Le théâtre antique et l’Odéon en sont les principaux vestiges.
Lyon devient la capitale administrative et religieuse des trois Gaules et domine une immense région pendant trois siècles puis le rôle politique de la ville s’affaiblit.
La ville perd finalement son statut de capitale des Gaules et la colline est peu à peu désertée.
A partir de 1420, un privilège royal accordé par Louis XI permit aux lyonnais de tenir deux foires par an dans le quartier de Saint-Jean. Deux autres foires furent accordées et en 1462, une foire de 15 jours se tient tous les trimestres. Ces foires permettent d’importer et de vendre des denrées hors droits et taxes. La ville s’enrichit et prospéra, Charles VIII et Louis XII séjournent à Lyon.

Pierre Sala

Pierre Sala, né à Lyon en 1457 acquiert des vignes (Champ de Colle) sur la colline de Fourvière en 1509 et y construit une somptueuse demeure qu’il habitera à compter de 1513.

Ecrivain et humaniste, écuyer des rois de France il découvre sur le terrain de nombreux vestiges gallo romains et dénomme l’endroit « Anticaille ».

Les visiteurs vont abonder pendant deux siècles pour y rechercher et trouver des monuments anciens, statues, inscriptions et autels vestiges d’un somptueux édifice romain.

En 1519, Pierre Sala écrit pour sa future femme un ravissant livre d’amour orné de miniatures conservé à la British Library of London.

Lors de la visite de François Ier à Lyon du 5 avril au 23 juillet 1522, le roi rend visite à Pierre Sala dans sa demeure et ce dernier lui offre son dernier écrit « Prouesses de plusieurs rois ».

Cet écrit vient compléter une œuvre littéraire assez importante : Le Roman de Johan de Paris en 1495, Le Chevalier au Lion, Tristan et Lancelot, Le Conte du Graal.

Pierre Sala meurt en 1529.

Le domaine est transformé par ses héritiers, en particulier par son petit fils, Symphorien Buatier, échevin de Lyon en 1552, qui donne au terrain son étendue actuelle dans le troisième quart du XVIe siècle.
La maison est également profondément modifiée et agrandie, ainsi qu'en témoigne le portail, seul élément conservé, ajouté avant 1551 pour Eléonore Sala, fille de Pierre, et son époux, Hector Buatier.
La représentation la plus fidèle du domaine semble être celle de Simon Maupin en 1625.


Le domaine reste (à une exception près) dans les mains des héritiers de Pierre Sala jusqu’au 30 juin 1629, il est alors vendu à Matthieu de Sève au profit des religieuses de la Visitation.


La Soie au 16° siècle à Lyon

Lyon était un lieu d’échange important, les foires incitent les italiens à venir y vendre leurs soieries.
Depuis longtemps on tisse à Lyon des draps de laine et de chanvre unis et, en 1456, Louis XI aurait bien voulu implanter aussi dans Lyon le tissage de la soie, mais les hésitations du Consulat firent échouer cette tentative au profit de Tours. Les italiens et les espagnols voyaient d’un mauvais œil l’éventuel concurrence de la ville qui leur permettait d’écouler de nombreuses soieries.
Toutefois, en 1536 Etienne Turquet obtient de François 1er le privilège de tisser des étoffes d'or, d'argent et de soie. En 1540 Lyon obtient le monopole de l’importation des soies brutes et en 1545 est fondée la Fabrique lyonnaise.
Les étoffes du début du XVI e siècle ne furent d'abord que des imitations des
soieries italiennes, mais peu à peu apparurent des créations originales comme le
lampas à dentelle dont le décor de fleurs et de fougères stylisées était entrecoupé
de bandes imitant la dentelle.

En 1553, 12.000 ouvriers répartis dans une multitude de petits ateliers vivent de la soierie à Lyon, surtout dans le quartier Saint Georges. Les corporations vont petit à petit s’organiser pour protéger cette activité.


Les Visitandines à l’Antiquaille


L’ordre voulu par François de Sales, apôtre du Sacré - Cœur et de la douceur, accueille toutes les femmes quelle que soit leur condition. Contrairement aux autres ordres en expansion au début du 16è siècle, les femmes âgées, les veuves, les malades et les handicapées peuvent être acceptées.

L’ordre continue son expansion au début du 17° siècle, les locaux qui abritent les religieuses sont trop petits, deux filles de Mathieu de Seves veulent entrer dans l’ordre ce qui incite ce dernier à acheter l’Antiquaille pour les Visitandines.

Pour financer les travaux nécessaires à l’aménagement du bâtiment en un couvent, les religieuses s’adonnent avec succès à la fabrication de dentelles de luxe.

Dès 1630, les transformations à l’Antiquaille vont bon train pour transformer les chambres et salons en dortoirs et cellules monacales. En 1639 la chapelle est construite puis le cloître et les ailes nord et sud qui le bordent.


Anne d’Autriche, donatrice de la Visitation séjourna plusieurs fois à l’Antiquaille et Louis XIV avec elle à la fin de l’année 1658.

Les Visitandines terminent le chantier en 1671-1672 par le traitement de l'aile orientale : celle-ci, dominant une grande partie de la ville, se présentait comme une suite de corps de bâtiments ajoutés les uns aux autres. Pour masquer les raccords et monumentaliser l'ensemble, elles érigent trois pavillons hors-oeuvre.


La Révolution française de 1789 et le décret de septembre 1792 supprime les congrégations et met fin à 150 années de ferveur religieuse à destination des plus pauvres.


Vendu en 1796, l’Antiquaille passe entre les mains de plusieurs particuliers qui le gardèrent jusqu’en 1807 puis le vendirent à la Commune de Lyon.

Dès 1803, la ville de Lyon est locataire des lieux et un décret du 15 avril 1805 permet l'acquisition de l'Antiquaille pour qu’il devienne un Hospice pour les aliénés, les incurables et les vénériens.


La Soie (17 et 18° siècle)

En 1605, Claude Dangon monte les premiers métiers à « grande tire » qui permettent de tisser des dessins plus larges.

Les mesures prises par Colbert permettent à Lyon de devenir une grande fabrique. :
- Suppression des douanes intérieures entre province,
- Lyon décrété unique bureau de douanes pour les soies et soieries
- Institution de droits protecteurs sur les importations

Lyon devient le centre incontesté de la soie où sont créées les riches étoffes dont aiment à se parer les princes de l'Eglise et de l'Etat.

De cette époque ne nous sont parvenus que peu de costumes, la plupart du temps
détruits pour en récupérer l'or qu'ils contenaient. Notre patrimoine textile est surtout composé de tissus d'ameublement : velours, damas, brocatelle à grands ramages cramoisis ou verts. Mais jusqu’au 18° siècle les tissus d’ameublement et de robe étaient identiques.

Le luxe somptueux et tapageur dont s'entourait Louis XIV fit de Versailles un grand salon de mode observé par l'Europe entière. Même chez l'homme, l'habit, riche de couleurs raffinées, de broderies et de dentelles, était un moyen courant d'affirmer sa personnalité et son goût. La soierie lyonnaise profite à plein de cette période mais la dépendance importante de l’industrie avec les fastes royaux était très importante. L’industrie subissait de plein fouet les à-coups de la mode et devait exporter.

Le tisseur est alors en pleine possession de son art et sa grande habileté, alliée au talent des dessinateurs, aboutit à des chefs-d’œuvre d'une rare qualité. Les fleurs naturelles sont traitées avec le plus de réalisme possible.

Cependant, la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, avec l'exode qui s'ensuivit, enlèvera beaucoup d'artisans aux centres séricicoles de Lyon et du Midi. Nombreux sont les ouvriers qui émigrent vers la Hollande, l’Angleterre, L’Allemagne ou la Suisse. Ce sont ces ouvriers qui développèrent les soieries concurrentes dans ces pays.

Tout au long du 18° siècle de nombreuses inventions vinrent faciliter le tissage de la soie. On peut citer en particulier la navette volante de l’Anglais John Kay.


Un personnage marquera cette période

Philippe de Lasalle, à la fois dessinateur et metteur en carte, va connaître rapidement la renommée. Il maîtrise également, la flore qui a bercé sa jeunesse, les animaux ou bien les nœuds, les rubans ou beaucoup d'autres éléments décoratifs.

En 1771, les portraits qu'il produit, datés et signés de la mention " Lasalle fecit " vont asseoir sa notoriété, non seulement en France, mais aussi en
Russie. Celle-ci ne fera que croître jusqu'en 1790. Avec le concours de Voltaire, l'artiste entre en contact avec Catherine II, pour qui il produira des portraits, ainsi qu'une tenture commémorant la victoire de Crimée.



L’Antiquaille au 19° siècle


Le rôle hospitalier de l’Antiquaille commence le 21 novembre 1803 avec le déménagement des malades de l’hospice de la Quarantaine, trop à l'étroit dans ses murs en bordure de la Saône qui s'installe dans l'ancien couvent.

Rapidement plus de 400 assistés sont installés et l’administration, très dynamique, de l’hospice avait besoin d’argent et disposait de plus de 150 filles publiques ou vénériennes détenues mais valides envisage le recours au travail. Le travail permettait de résoudre en partie le problème et la chambre de commerce recommanda « le dévidage de la soie »

Le 28 octobre 1804, Jacquard est chargé de la direction de tous les ateliers et travaux de l’Antiquaille à l’effet de les perfectionner et d’en augmenter l’activité, en conservant les ouvriers déjà établis pour le dévidage de la soie.

C’est donc en partie grâce au revenus que Jacquard tire de ses fonctions à l’Antiquaille qu’il invente le métier qui va révolutionner le tissage de la soie.
C’est le 15 avril 1805 que Napoléon signe enfin le décret confirmant : « Le local de l’Antiquaille sera destiné à former un dépôt de mendicité, une maison de travail, un hospice pour les aliénés, les incurables et les vénériens ».

La visite du Pape Pie VII en 1805 à Lyon et en particulier à l’Antiquaille prend une de l’importance avec la bénédiction de l’église de l’Antiquaille et la préconisation de la dévotion à Saint Pothin.

Dès 1807, l'architecte Louis Flacheron dessine un projet d'extension de l'ancien couvent en prévoyant au nord un corps de bâtiment destiné aux hommes, qui sera réalisé en 1808-1809, et un autre au sud pour les femmes aliénées, élevé de 1812 à 1814 sur un plan semi-circulaire.
Le 23 mai 1810 Napoléon établit un mont-de-piété à l’Antiquaille. Le mont-de-piété joua un grand rôle dans la vie de l’Antiquaille permettant le financement d’améliorations et de constructions.

Durant le premier tiers du siècle, d'autres constructions s'érigent autour du noyau central de l'ancien couvent. Un puits est creusé en 1827 au centre du jardin potager, qui occupe alors toute la partie sud du domaine, doté en 1833 d'une machine à vapeur qui permet de distribuer l'eau dans l'ensemble de l'hôpital. Autour du puits sont installés des lavoirs et une belle buanderie voûtée.









Le 30 juin 1845, le gouvernement de Louis-Philippe décide de la réunion de l’Antiquaille à l’administration des Hospices Civils.

Après le départ des aliénés à Bron en 1876, l’Antiquaille est totalement réaménagée. Il est décidé d’affecter l’ancienne cuisine à l’agrandissement du réfectoire. Mais l’état de délabrement de toute l’aile orientale bordant le cloître nécessitent la démolition et la reconstruction de toute cette partie.

C’est à cette occasion et en 1882 qu’il est décidé d’ajouter l’étage en soubassements se prolongeant sous une moitié de la cour du cloître.



La soie au 19° siècle

Le 19° siècle marque l’apogée du développement de la soierie lyonnaise.

La Révolution avait été une période de grande récession pour la soierie lyonnaise : plus de commandes, plus de clients… et voilà que dynamisée par Napoléon Bonaparte, la municipalité allait relancer l'industrie de la soie en encourageant toutes les initiatives en ce sens : Chambre de commerce, école de dessin, création de nouveaux métiers plus perfectionnés…

Le 18 mai 1804, Bonaparte devint Napoléon 1er et sa cour, le point de mire de l'Europe. Les habits des dames de la nouvelle noblesse, le tissu d’ameublement des palais impériaux, vont être alors de puissants promoteurs de la soierie lyonnaise

Un nouveau terme apparaît, celui de « canut » qui désigne le tisseur qui travaille pour le fabricant négociant. Le canut est essentiellement installé à la Croix Rousse.
Il effectue le tissage des étoffes brochées entièrement à la main.

Mais Joseph Marie Charles dit Jacquard, fils d'un tisseur à grande tire (le métier inventé en 1605 par Claude Dangon) et d'une liseuse de dessins invente une mécanique pour automatiser les tâches du tissage et, comme on dit aujourd’hui, augmenter la productivité. En effet, l'une des caractéristiques essentielles de la mécanique Jacquard, était qu'un seul de ces métiers supprimait l'emploi des "tireurs de lacs" qui soulevaient manuellement les fils de chaîne.

Les Canuts voient dans ses machines une menace pour leurs emplois. En effet une seule personne peut faire fonctionner cette machine, ce qui va supprimer le travail des enfants et donc une source de revenus pour les familles.

A Lyon en 1806, une machine de Jacquard est publiquement fracassée et brûlée sur la place des exécutions. Jacquard lui-même est roué de coups et la police le sauve de justesse de la noyade dans le Rhône.

On redoutait également la disparition des petits artisans : la machine coûtait cher à fabriquer et à entretenir, seul les gros industriels pouvaient donc se l'offrir - des problèmes en quelque sorte on ne peut plus contemporains !

A la mort de Jacquard en 1834, 3 000 métiers de son invention fonctionnent à Lyon, mais entre temps les canuts se sont à nouveaux révoltés en 1832 contre la baisse des salaires, et cette fois l'armée a tiré.



Après les événements qui eurent lieu à Lyon en 1834 et furent connus sous le nom de journées d'avril, le mouvement d'émigration des métiers à tisser vers les
campagnes s'accentue.

C'est en 1850 que le métier à tisser mécanique fait son apparition. Très vite son
emprise se fait sentir et en 1889, Lyon ne compte plus que 40.000 métiers à bras, et déjà 18.000 métiers mécaniques.

Lentement la profession se transforme et les métiers industriels plus productifs et évitant aux ouvriers les longues journées de fatigue imposées par le métier à bras, les remplacent peu à peu, donnant à la soierie lyonnaise une impulsion nouvelle et un visage fondamentalement différent.

Le point culminant de cette métamorphose se situe après la guerre de 1914 et
coïncide tout naturellement avec l'installation et le plein développement de
l’électricité.